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Les femmes : toutes des sal*pes entre elles ?

Les femmes : toutes des sal*pes entre elles ?

Écrit par
Jasmine Touitou
Publié le
08.01.2026

Ou comment le patriarcat manipule nos rivalités.

Spoiler alert : si t’as déjà traité une autre meuf de “pute”, t’es pas seule. Et non, t’es pas une mauvaise personne.

T’es le produit d’un système patriarcal qui t’a très bien dressée.

Depuis toujours, on nous raconte que les femmes sont jalouses par nature. Mesquines. Incapables de se soutenir. Qu’entre elles, “ça finit toujours mal”. Et cette histoire-là est tellement répétée qu’on finit par y croire. Par la rejouer. Par la normaliser.

Sauf que non. La rivalité entre femmes n’est ni un défaut moral, ni un bug hormonal.
C’est un outil politique.

La rivalité entre femmes n’est pas innée. Elle est fabriquée.

On nous fait croire que la rivalité féminine serait inscrite dans nos hormones, notre ADN, notre tempérament. Comme si les tensions, les regards froids ou les exclusions silencieuses faisaient partie du “pack femme”.

C’est faux.

Ce n’est pas une histoire de nature. C’est une histoire de culture.

Dès l’enfance, on apprend aux filles à se comparer.
Qui est la plus jolie ? La plus gentille ? La plus sage ?

Puis plus tard : la plus mince, la mieux mariée, la meilleure mère, la plus désirable.

À chaque étape de notre vie, on nous met en concurrence, rarement de façon frontale, presque toujours de façon sournoise. L’école, la famille, les médias nous transmettent un message clair : il faut être choisie. Et pour être choisie, il faut se distinguer des autres femmes, pas s’allier avec elles.

Résultat : le patriarcat n’a même plus besoin d’être là. On l’a intégré. On le rejoue entre nous.

Cette logique traverse les familles, les groupes d’amies, les récits culturels, l’espace public. Un système bien huilé, qui repose sur une idée simple : des femmes divisées ne réclament rien ensemble.

Comprendre que la rivalité est fabriquée, c’est une chose. Comprendre comment elle s’exprime concrètement, c’en est une autre.

Compétition saine ou rivalité toxique : apprendre à faire la différence.

Vouloir progresser, se dépasser, s’inspirer des autres, ce n’est pas le problème.
Le vrai poison, c’est la rivalité toxique : celle qui te fait croire que pour exister, l’autre doit disparaître.

D’ailleurs, la psychologue féministe Joyce Benenson a montré que, dès l’enfance, les filles n’expriment pas la compétition comme les garçons. Là où les garçons sont encouragés à l’affrontement direct, les filles apprennent très tôt que la colère dérange, que le conflit est mal vu, que la douceur est obligatoire.

Résultat : la compétition existe, mais elle prend des formes indirectes.
Silence. Exclusion. Passif-agressif. Sabotage discret.

Pas parce que les filles seraient “plus sournoises”. Mais parce qu’on leur a interdit les formes visibles du conflit.

Et quand on empêche un conflit sain, il ne disparaît pas. Il se transforme.

Concrètement, ça donne une collègue qui t’évite en réunion, une amie qui rit jaune quand tu réussis, une cheffe qui ne te mentore pas mais t’isole.

Et toi aussi, tu l’as peut-être déjà fait.
Pas par méchanceté. Par peur. Parce qu’on t’a appris qu’il n’y avait qu’une seule place à prendre.

Quand les femmes sont sous-représentées dans un environnement, elles perçoivent davantage les autres femmes comme des menaces. La rareté crée la rivalité. Ce n’est pas une question de caractère. C’est un effet de structure.

Et certains syndrômes illustrent très bien cette structure… 

Deux syndromes qui tuent la sororité : la Schtroumpfette et la Queen Bee.

Il y a des femmes qui ne veulent pas d’autres femmes à leur table. Celles qui disent “je m’entends mieux avec les hommes”. Celles qui se crispent quand une autre femme arrive dans leur espace.

Ce n’est pas une question de personnalité. C’est un mécanisme social.

Le syndrome de la Schtroumpfette

Dans beaucoup de récits (et notamment dans le dessin animé Les Schtroumpfs), il n’y a qu’une seule femme dans un groupe d’hommes. Elle est valorisée parce qu’elle n’est “pas comme les autres filles”. Elle devient l’exception.

Dans la vraie vie, ça fabrique des femmes qui veulent rester uniques. Qui ont peur de perdre leur place si d’autres femmes arrivent.

Pas par vanité. Par survie.

Pourtant, une femme seule est décorative. Plusieurs femmes ensemble deviennent politiques.

Le syndrome de la Queen Bee

C’est la femme arrivée au sommet, souvent seule, qui traite les autres femmes plus durement que les hommes. Elle ne mentore pas. Elle verrouille.

Pas parce qu’elle est cruelle.

Parce qu’elle a dû adopter des codes virilistes pour survivre dans un environnement hostile.

Le problème n’est pas qu’il y ait trop de rivalité.
Le problème, c’est qu’il y a trop peu de femmes à chaque étage du pouvoir.

Et en parlant de pouvoir… Et si on parlait de travail ? 

Le monde du travail : là où le patriarcat met les femmes en compétition.

“Je préfère bosser avec des hommes.”
“Les pires boss que j’ai eus ? Des femmes.”

Ces phrases ne tombent pas du ciel.

Le monde du travail a été conçu par et pour les hommes. Les femmes y sont tolérées, rarement accueillies. Et quand elles accèdent aux postes de pouvoir, elles y arrivent souvent seules.

Quand il n’y a qu’une place, la solidarité devient risquée.

Ajoute à ça les doubles standards :
→ Un homme exigeant a du leadership.
→ Une femme exigeante manque de modestie.
→ Deux hommes débattent.
→ Deux femmes “se crêpent le chignon”.

Ces biais façonnent nos perceptions, y compris entre femmes. On attend plus d’elles. On leur pardonne moins. Et parfois, on les sabote.

On pourrait croire que dans l’entrepreneuriat au féminin, c’est totalement différent. Grossière erreur. 

L’entrepreneuriat : entre rêve d’indépendance et piège à rivalité.

L’entrepreneuriat est souvent présenté comme une échappatoire. Être sa propre cheffe. Ne plus dépendre de personne.

Mais les règles restent les mêmes : Les financements sont rares. La visibilité aussi. Et on nous vend le mythe de la self-made woman exceptionnelle, celle qui a réussi seule.

Ce mythe isole. Il transforme les autres femmes en menaces. Il fait croire que si l’une gagne, l’autre perd.

Alors que derrière chaque réussite, il y a du réseau, du soutien, des alliances.

Heureusement, un autre modèle émerge : celui des collectifs et des réseaux d’entraide. Parce que quand on refuse de jouer à la compétition, on construit un écosystème. Et on répare la sororité. 

Réparer la sororité, radicalement.

Pour sortir de cette rivalité, il faut, pour commencer, se regarder en face.
Sans honte et sans filtre. On a toutes, un jour, été la “connasse” de quelqu’une. Maintenant qu’on le sait, on peut choisir de faire autrement.

Ensuite, on soutient concrètement. Pas en mode compliments creux. En partageant des projets. En recommandant. En créditant publiquement.

Puis on crée du lien. Des binômes. Des cercles. Des espaces où le désaccord est possible sans exclusion.

Enfin, on déconstruit le terrain. On refuse les espaces où il n’y a qu’une femme. On exige des équipes réellement mixtes. On crée nos propres règles.

Conclusion

La rivalité entre femmes n’est pas une fatalité. C’est un scénario appris.

Et tout ce qui s’apprend peut se désapprendre.

FAQ : Rivalité entre femmes, patriarcat & sororité

La rivalité entre femmes est-elle naturelle ?

Non. La rivalité entre femmes n’a rien de biologique ou d’inné. Elle est produite par la socialisation patriarcale : comparaison permanente, mise en concurrence silencieuse, rareté des places et normes de féminité qui empêchent l’expression saine du conflit.

Pourquoi le patriarcat a-t-il intérêt à diviser les femmes ?

Parce qu’un groupe divisé est plus facile à contrôler. Tant que les femmes se méfient les unes des autres, elles réclament moins, osent moins, se soutiennent moins et deviennent beaucoup moins dangereuses collectivement.

En quoi la socialisation des petites filles influence-t-elle la rivalité à l’âge adulte ?

Dès l’enfance, on apprend aux filles à être gentilles, discrètes, désirables et non conflictuelles. Le désaccord est découragé. Résultat : les tensions s’expriment de manière indirecte (silence, exclusion, passif-agressif), ce qui nourrit une rivalité toxique plutôt qu’un conflit assumé.

Quelle est la différence entre compétition saine et rivalité toxique ?

La compétition saine stimule, inspire et permet de progresser sans détruire le lien.
La rivalité toxique, elle, repose sur la peur de manquer et l’idée qu’il faut éliminer l’autre pour exister. La différence tient à l’intention… et à l’impact sur la relation.

Pourquoi est-ce parfois difficile pour les femmes de se soutenir au travail ?

Parce qu’elles sont moins nombreuses aux postes de pouvoir et jugées plus sévèrement que les hommes. Quand il n’y a qu’une “place” disponible, la solidarité devient plus risquée. Ce n’est pas un problème de personnalité, mais un effet de structure.

C’est quoi le syndrome de la Schtroumpfette ?

C’est le fait d’être “la seule femme” dans un groupe masculin et d’être valorisée pour cette unicité. Certaines femmes finissent par craindre l’arrivée d’autres femmes, par peur de perdre leur statut et la validation masculine associée.

Et le syndrome de la Queen Bee ?

Il désigne une femme en position de pouvoir qui se distance des autres femmes et les traite plus durement. Ce comportement n’est pas naturel : il apparaît surtout dans des environnements où les femmes sont isolées et contraintes d’adopter des codes virilistes pour survivre.

Pourquoi la rivalité est-elle souvent plus forte dans l’entrepreneuriat ?

Parce que les femmes ont moins accès aux financements, à la visibilité et aux réseaux d’influence. Quand les ressources sont rares, la compétition augmente.

Comment activer une sororité réelle, pas juste symbolique ?

En soutenant concrètement les autres femmes : recommandations, partages d’opportunités, mentorat, visibilité. En créant des réseaux et des alliances durables. Et en refusant les environnements qui ne laissent de place qu’à une seule femme.

Comment sortir individuellement de la rivalité ?

En observant ses insécurités sans honte. En transformant la jalousie en inspiration. En osant dire “bravo”, “merci”, “tu m’aides à grandir”. Et en cessant de croire que la lumière de l’autre éteint la nôtre.